Maintenant est un projet photographique documentaire en cours de réalisation. À travers des portraits, des textes, des éléments historiques et des scènes d’ambiance, Aure fait ressentir le village du Rivier d’Allemond d’aujourd’hui tel qu’elle le perçoit. Elle interroge les habitants et les vacanciers pour enrichir sa vision et son travail, et faire de ce projet un témoignage vivant de ce lieu. Elle met en lumière les histoires et les vies du village. Petite, on n’a cessé de lui raconter la vie d’ici et ce projet est pour elle une manière de rendre hommage à ses ancêtres, en racontant la vie d’aujourd’hui.
À travers un travail d’abord personnel, lié à son histoire et à ses origines, c’est finalement une histoire universelle qu’elle essaie de faire émerger. La vie au cœur des montagnes, dans ces vallées encaissées où le soleil en hiver est furtif, où le quotidien, autrefois, fut austère et dur, marqua à jamais les habitants. Sa grand-mère lui racontait son enfance, chasseurs de marmottes ou de chamois, paysans, ouvriers de l’hydroélectricité ou bergers. Ils parlaient de leur école qui n’existe plus, d’une marmotte apprivoisée, d’un cochon qu’on égorgeait une fois l’an comme une fête, d’un morceau de lard et de pommes de terre, de culottes de laine qui grattent, des gerçures, des engelures, de la neige et du froid mordant, de l’avalanche qui isolait le village en hiver, de cette enfance rude… mais finalement heureuse.
« Moi, qui n’y suis pas née, je retiens de ces récits des images fortes, des couleurs, des lumières, des odeurs, la rudesse des pierres et le cri des bêtes. Je retiens la sobriété heureuse de ces habitations de pierre et le dénuement de ces vies simples. Je retiens aussi le silence, l’omniprésence de la nature dans toute sa brutalité et sa beauté. » Aure.
« Que sont devenus les lieux de nos enfances ?
Dans l’un d’eux, je me retrouve.
Dans mon imaginaire, je suis spectatrice d’une pièce en plusieurs actes : différentes époques, différents descendants.
Mon arrière-grand-père avait un âne.
Ma grand-mère est née ici, dans cette pièce. Ma mère y passait ses vacances.
J’arpente les photos de famille.
C’est étrange de penser
que tant de gens ont vécu des choses fortes,
juste là, à cet endroit.
Des gens qui ont compté pour ceux qui comptent pour moi. Et moi, je suis là, maintenant.
L’âne, les cochons, les épluchures de pommes de terre… Est-ce qu’ils ont ri, ici ?
Maintenant, j’y pense.
Ce lieu est comme une parenthèse.
J’ai le temps de m’allonger sur un lit, et de penser. J’ai le temps. Je me demande comment c’était, avant. »
Aure Chauvet





